DEPUIS 2018

VERLY AMÉ : L'art du silence
Une œuvre peut parfois suffire à instaurer une atmosphère. Sans discours appuyé, sans démonstration, elle agit par la matière, la profondeur et le silence. Le travail de Verly Amé s’inscrit dans cette approche où l’art accompagne les espaces de vie avec retenue et justesse. Cette interview laisse volontairement la place à l’essentiel : la relation intime entre l’œuvre, le regard et le lieu.
Marlena's Home
1/25/20264 min read
Certaines démarches artistiques choisissent la discrétion comme fondement. Non par effacement, mais par conviction profonde : l’œuvre doit rester le cœur de toute interaction artistique. Dans le travail de Verly Amé, la matière ne sert pas un propos, elle devient langage. Reliefs contenus, volumes enveloppants, profondeur chromatique : tout concourt à instaurer une présence silencieuse, capable d’habiter un espace sans jamais le dominer.
Dans l’univers de Marlena’s Home, où l’attention portée aux matières, aux rythmes et à l’intimité des lieux occupe une place centrale, cette démarche trouve une affinité naturelle. L’échange qui suit n’a pas pour vocation d’expliquer l’œuvre, mais d’en accompagner la perception, en laissant la matière demeurer la véritable interlocutrice.
Votre travail semble refuser toute forme de mise en avant personnelle. Est-ce une position consciente dans votre démarche artistique ?
Oui. La discrétion fait partie intégrante de mon approche. Je considère que la démarche artistique et les œuvres doivent rester les vedettes. Lorsqu’une présence personnelle devient trop visible, elle peut détourner l’attention de ce qui importe réellement. Je préfère laisser la matière agir, sans interférence, afin que la relation se fasse directement entre l’œuvre et celui qui la rencontre.
L’œuvre présentée suggère une présence corporelle sans jamais la représenter explicitement. Comment travaillez-vous cette limite ?
Je ne cherche pas à montrer un corps, mais à faire ressentir une corporéité. Une tension dans la matière, une courbe, une densité suffisent à évoquer une présence. Le corps n’est pas exposé, il est suggéré, presque intériorisé. Cette retenue permet au regardeur de projeter sa propre perception, sans être guidé par une forme trop définie.
La matière apparaît travaillée en strates successives, presque comme une accumulation lente. Quelle importance accordez-vous à ce processus ?
La stratification permet d’introduire une profondeur qui ne se livre pas immédiatement. Elle ralentit le regard. Dans un espace de vie, cette qualité est essentielle, car l’œuvre ne se donne jamais entièrement en une seule fois. Elle se découvre avec le temps, selon la lumière, selon l’attention que l’on lui accorde. La matière devient alors un espace de dialogue durable.
Le relief occupe une place centrale dans la perception de l’œuvre. Quel rôle lui attribuez-vous ?
Le relief structure la relation entre l’œuvre et l’espace. Il crée des zones de densité et des zones de retrait. La lumière s’y déplace, s’y atténue, s’y accroche parfois. Cette variation subtile rend l’œuvre vivante sans qu’elle ait besoin de changer. C’est le regard qui évolue, pas la forme.
La palette chromatique, dominée par des bleus profonds, participe fortement à l’expérience. Comment abordez-vous la couleur ?
La couleur n’est pas décorative. Elle soutient la matière. Le bleu permet une profondeur calme, presque enveloppante. Il n’attire pas l’attention, il la contient. Dans un intérieur, cette couleur installe une continuité, une stabilité visuelle qui favorise une relation apaisée et durable avec l’œuvre.
La lumière semble jouer un rôle discret mais déterminant.
La lumière n’est pas un outil de révélation spectaculaire. Elle accompagne l’œuvre. Selon son intensité et son angle, elle modifie subtilement la perception des reliefs. Elle ne montre pas, elle suggère. Cette interaction silencieuse fait partie intégrante de l’expérience.
Pensez-vous vos œuvres comme des présences destinées à accompagner le quotidien ?
Oui. Une œuvre doit pouvoir cohabiter avec la vie. Elle ne doit pas s’imposer ni s’épuiser dans une première lecture. J’aime l’idée qu’elle puisse évoluer avec le lieu, avec les saisons, avec l’attention de ceux qui vivent autour d’elle. Une présence stable, mais jamais figée.
Votre démarche semble privilégier le ressenti à l’explication. Pourquoi ce choix ?
Parce que l’explication a ses limites. Le ressenti ouvre un espace plus vaste. Le silence n’est pas un vide, c’est un lieu d’accueil. Lorsque l’œuvre laisse cette place, elle permet une relation plus intime, plus personnelle, qui n’a pas besoin d’être formulée pour exister.
Quel rôle souhaitez-vous que vos œuvres jouent dans la vie de ceux qui les côtoient ?
Un rôle discret. Si l’œuvre peut offrir un moment de calme, une respiration visuelle, une sensation de présence contenue, alors elle remplit pleinement sa fonction. Je ne cherche ni à provoquer ni à diriger, simplement à accompagner.
Le travail de Verly Amé s’inscrit dans une approche où l’art ne cherche ni à séduire ni à s’imposer. Par la matière, le relief et une palette chromatique profonde, ses œuvres instaurent une relation intime avec l’espace, faite de retenue et de densité silencieuse. Elles habitent les lieux avec justesse, offrant au regard un point de stabilité et d’attention.
Cette démarche pourra être retrouvée l’été prochain à la Musarthis Art Gallery, où Verly Amé exposera une nouvelle sélection d’œuvres. Une occasion de prolonger cette rencontre silencieuse, dans un cadre qui laisse, là encore, l’œuvre demeurer au centre de toute interaction.
Mise en scène : Marlena's Home







